En 1987, les Australiens, face à une formidable coalition mondiale (13 Challengers), avaient cédé aux assauts américains d'un syndicat de la côte ouest mené par Dennis Conner. Vainqueur sans contestation possible en 1995, les Néo-Zélandais ont choisi un syndicat unique ayant pour base la même équipe qu'en 1995 sous la direction emblématique de Peter Blake. Ils ont écarté toute idée de concurrence dans leur pays et rejeté certains des talents dont ce petit pays regorge, en particulier le meilleur architecte mondial, Bruce Farr, et l'un des meilleurs skippers, Chris Dickson, au nom de la cohésion d'une équipe.

Grande question donc de cette America's cup 2000, alors que la Louis-Vuitton Cup voit finalement une très belle victoire des italiens de Prada sur le syndicat America One : en ne présentant qu'un seul defender, les néo-zélandais n'ont ils pas pris le risque d'être laminés par un challenger au sommet après 5 mois de régates intensives.

Le réponse sera sèche et sans appel puisque le Team NZ conserve le titre en infligeant un sévère 5 à 0 à un Team Prada surclassé dans toutes les dimensions du jeux.
RNZYS - AUCKLAND
Vainqueur de l'America's Cup (5-0)
Bateaux
NZL-57, NZL-57
Budget
???
Leader
Peter Blake
Skipper
Russel Coutts
Tacticien
Brad Butterworth
Navigateur
Tom Schnackenberg
Designers
Clay Oliver, Laurie Davidson
 
PUNTA ALA
YACHT CLUB
Vainqueur de Louis Vuitton Cup (5-4)
Bateaux
ITA-45, ITA-48
Budget
50 M$
Leader
Patrizio Bertelli
Skipper
Francesco de Angelis
Tacticien
Torben Grael
Navigateur
Dario Malgarise, Mateo Plazzi
Designers
German Frers, Doug Peterson
 
St FRANCIS
YACHT CLUB
Finaliste malheureux de la LVC
Bateaux
USA-49, USA-61
Budget
32 M$
Leader
Fritz Jewett
Skipper
Paul Cayard
Tacticien
John Kostecki
Navigateur
Lexi Gahagan
Designers
Bruce Nelson
 
CORTEZ RACING ASSOCIATION
Troisième au sortir des 1/2 finales de la LVC
Bateau
USA-55
Budget
15 M$
Leader
Dennis Conner
Skipper
Dennis Conner, Ken Read
Tacticien
P. Holmberg, Tom Whidden
Navigateur
Peter Isler
Designers
Reichel/Pugh
 
NIPPON YACHT CLUB
Quatrième au sortir des 1/2 finales de la LVC
Bateaux
JPN-44, JPN-52
Budget
25 M$
Leader
Tatsumitsu Yamasaki
Skipper
Peter Gilmour
Afterguard
M. Kikuchi, Tatsuya Wakinaga
Navigateur
Masanobu Katori
Designers
Nippon Design Team
 
SAN FRANCISCO
YACHT CLUB
Cinquième au sortir des 1/2 finales de la LVC
Bateau
USA-51
Budget
21 M$
Leader
Dawn Rilley
Skipper
Dawn Rilley, John Cutler
Tacticien
leslie Egnot, Dee Smith
Navigateur
Tucker Thompson
Designers
P. Kaiko, K. Jordan, H. Melden
 
UNCL
LORIENT
Sixième au sortir des 1/2 finales de la LVC
Bateau
FRA-47
Budget
10 M$
Leader
X. de Lesquen, Pierre Mas...
Skipper
Bertrand Pacé
Tacticien
Thierry Peponnet
Navigateur
Marcel Van Triest
Designers
Yaka Team
 
NEW-YORK YACHT CLUB
Septième au terme des RR, il est éliminé
Bateaux
USA-53, USA-58
Budget
40 M$
Leader
John Marshall
Skipper
Ed Baird
Tacticien
Jim Brady, K. Worthington
Navigateur
Ed Adams
Designers
Bruce Farr
 
MRCY BAIONA /
RCN VALENCIA
Huitième au terme des RR, il est éliminé
Bateau
ESP-46
Budget
20 M$
Leader
Pedro Campos
Skipper
P. Campos, Luis Doreste
Tacticien
Manuel Doreste, L. Wisner
Navigateur
Joan Vila, IP Moratinos
Designers
Rolf Vrolijk
 
WAIKIKI YACHT CLUB
Neuvième au terme des RR, il est éliminé
Bateaux
USA-50, USA-54
Budget
20 M$
Leader
James Andrew
Skipper
John Kolius puis Chris Larson
Tacticien
John Bertrand (USA)
Navigateur
Ian Burns, By Baldrige
Designers
Andy Dovell, Davis Burns
 
CRUISING YC
OF AUSTRALIA
Dixième au terme des RR, il est éliminé
Bateaux
AUS-29, AUS-31 (2 IACC 95)
Budget
???
Leader
Syd Fischer
Skipper
James Spithill
Navigateur
Ed Smythe
Designers
Fluid Thinking '95
 
CLUB NAUTIQUE
DE MORGES
Dernier au terme des RR, il est éliminé
Bateau
SUI-59
Budget
12 M$
Leader
Raymond Bornand
Skipper
Marx Pajot, Jochen Schuemann
Tacticien
Enrico Chieffi
Navigateur
Luc Dubois
Designers
Philippe Briand
 
 
LES ABSENTS
ESPRIT SUD
YACHT CLUB DE CANNES
Renonce le 12 octobre 1999 (voir AC2000)
Bateau
1 IACC '95 (FRA-40)
Leader
Jean-Marie Vidal
Skipper
Bernard Mallaret
Designers
Finot/Andrieu/Nivelt/Kermarec
 
AGE OF RUSSIA
St. PETERSBURG
YACHT CLUB
Disqualifié le 09 octobre 1999 (voir AC2000)
Bateau
???
Leader
Vladimir Kulbida
SPIRIT OF BRITAIN
ROYAL DORSET YACHT CLUB
-
Bateau
???
Leader
Angus Melrose
Skipper
Chris Law, Lawrie Smith
 
HONG KONG TEAM
ABERDEEN YC
HONG KONG
-
Bateau
???
Leader
Martin Quaile
 LOUIS VUITTON CUP - PRESENTATION

Avant même que la première régate ait eu lieu, une hiérarchie s'est imposée. La Coupe de l'America se gagne à coup de millions de dollars, de technologie, de préparation, de performance des équipages et de bluff. Les mieux placés sont évidemment les mieux financés.

Ces équipes ont un double avantage : elles sont venues s'installer à Auckland un à deux ans à l'avance pour s'entraîner sur place et étudier la capricieuse météo, et elles disposent de deux bateaux qui leur permettent de s'entraîner et d'analyser concrètement les performances en course.

Il est admis que quatre équipes ont toutes les chances de se qualifier pour les demi-finales : le défi italien, qui dispose du plus gros budget de la compétition (300 millions de francs), deux défis américains - Young America, le bateau à mât-aile du New York Yacht Club, America One, le bateau du skipper Paul Cayard - et le bateau du syndicat japonais Nippon Challenge.

Un voilier est venu pour faire de la figuration : Young Australia. Il dispose d'un budget très modeste et sera emmené par un jeune espoir de 19 ans. Le bateau suisse, skippé par Pajot a, a priori, peu de chances de réaliser ses ambitions.

Restent donc cinq voiliers pour deux places. Parmi ceux-ci, le défi français, Sixième Sens, dont l'objectif avoué est les demi-finales. Il dispose pour sa part d'un budget de 60 millions de francs, de l'expérience du skipper Bertrand Pacé et de la détermination d'une équipe relativement jeune et très motivée; le bateau semble assez lent au près, mais plus rapide au vent portant.

Parmi les autres, trois bateaux américains : Stars and Stripes de l'inaltérable Dennis Conner (quatre victoires, deux défaites), Aloha, un syndicat basé à Hawaii qui semble avoir réglé ses problèmes financiers, et America True, le seul bateau à équipage mixte de la compétition. Les Espagnols, enfin, sont emmenés par un autre vétéran de la compétition, Pedro Campos.
 
 
 LOUIS VUITTON CUP - ROUND ROBIN 1 (18-28 oct. 1999)


Dès cette toute première série de rencontres, les prévisions se confirment d'un triumvirat composé des italiens du Prada Challenge et de deux des équipages américains (AmericaOne et Young America).

Invaincus, ce sont les italiens qui remportent incontestablement ce 1er Round Robin (qui ne compte que pour un point par victoire). Juste derrière, les deux challengers américains qui n'ont été battu par le Team Prada qu'au terme de régates de niveau tout à fait exceptionnel (de 17'' face à AmericaOne et de 5" face à Young America).

En queue de peloton, les suisses du Fast 2000, les français du Sixième Sens et les australiens du Young Australia Challenge semblent à la peine.

Pendant ce temps, alors que les challengers multiplient les avaries dès que le vent se lève, les deux IACC du Team NZ procèdent à des entraînement tout à fait intensifs, manifestement très à l'aise dans le Golfe d'Hauraki.

 
 
 LOUIS VUITTON CUP - ROUND ROBIN 2 (6-19 nov. 1999)

D'importants changements ont été fait sur plusieurs des bateaux engagés et, en particulier, en ce qui concerne les australiens et les français. Les premiers ont réussi à troqué leur AUS-29 peu performant contre AUS-31 (l'ex One Australia de 1995, utilisé jusque là comme lièvre par le syndicat de Paul Cayard), tandis que les seconds procédaient à de très importants travaux sur le 6ème Sens (et, en particulier, la mise en place d'un nouveau bulbe).

Même si le format des courses reproduit fidelement celui du premier Round Robin précédent, ce second acte de la Louis Vuitton Cup sera bien différent, notamment au regard de conditions météo qui se sont très fortement durcies.

Celles-ci sont sans doute à l'origine de l'un des tournants de cette Coupe Louis Vuitton que sera la régate entre Nippon à Young America au début du Round Robin. Alors que les américains ont pris l'avantage dans un duel très disputé, deux failles béantes apparaîssent sur le bateau noir du NYYC qui se déforme très rapidement. Les équipiers se jettent à l'eau tandis que l'on s'attend à voir
à nouveau les images du AUS-35 qui, en 1995, avait coulé à pic en baie de San Diego. Il n'en sera rien cette fois puisque les secours parviennent à maintenir USA-53 à flot et à le remorquer, étrave et tableau arrière dressés vers le ciel, dans le Viaduct Basin.

Le syndicat de John Marshall ne s'en remettra pas et commence alors une très longue descente vers le fond du classement.

Parmi les autres syndicats engagés, pas de véritable révolution. Les italiens caracollent en tête. Rapide à toutes les allures et dans tous les temps, fiable, bien mené, parfaitement voilé, Luna Rossa domine toujours. Sa prestation a peine ternie par quelques départs ratés et une première défaite enregistré face à Stars and Stripes dans des conditions climatiques extrêmes.

Derrière, un nouveau tiercé se dessine où se maintiennent les américains du syndicat AmericaOne et où apparaîssent Stars & Stripes et America True. Le premier a enchaîné les victoires, qui doivent plus au talent de son équipage qu'aux capacités du bateau. America True, lui, encaisse les dividendes d'une préparation intelligente ayant privilégié les entraînements sur place.

Les Japonais oublieront au plus vite ce round: un démâtage, des problèmes de fiabilité, des pénalités, des départs volés.

Derrière ces six leaders, les cinq autres participants réfléchissent à la façon d'éviter l'élimination. Abracadabra a constamment alterné coups d'éclat et contre-performances, avec de gros problèmes de fiabilité et un changement de barreur à la clé (John Kolius cédant la barre à Chris Larson). Les Espagnols sont à peu près dans le même cas, le changement de barreur en moins.

Le bateau français a beaucoup progressé grâce à ses nouveaux appendices, mais reste encore en deçà du niveau requis. Il faut noter que les décisions de son arrière-garde n'ont pas toujours été irréprochables.

Le jeune équipage de Young Australia a continué de prouver son talent à bord d'un bateau qui accuse le poids des ans. Quant aux Suisses, il ont eu le plaisir de remporter une première victoire avant de rencontrer un problème technique majeur (quille endommagée).

 
 
 LOUIS VUITTON CUP - ROUND ROBIN 3 (2-15 déc. 1999)
La plupart des équipes ont profité de cet l'intervalle entre les deux Rounds pour reposer les équipages, effectuer des transformations ou des réparations sur les bateaux et pour s'entraîner. Plusieurs voiliers ont allongé leur coque ou revu la forme de leur assiette arrière avec l'espoir de gagner un peu de vitesse. C'est le cas de America True, Young America et Stars and Stripes.

Avec des courses à 9 points, cet ultime affrontement est déterminant pour les 11 challengers qui tentent de se qualifier pour les six places en demi-finales. Si les six premiers (Prada Challenge, America True, Stars and Stripes, America One, Nippon Challenge et Young America) partent favoris, une défaillance de l'un d'eux ouvrirait une seconde compétition entre les cinq autres bateaux.

C'est bien ce qui se passe et, à mesure que le Round Robin se déroule, il est de plus en plus clair que Young America ne sera pas des demi-finales. Alimenté par un budget de 250 MF et disposant d'incontestables atouts avec un skipper prestigieux (Ed Baird) et deux IACC unanimement craints (dessinés par l'un des architecte le plus coté du moment, Bruce Farr, le représentant du NYYC ne se remettra pas de son naufrage. Les américains terminent 7ème.

Les syndicats espagnols et français sont dès lors en position pour se qualifier pour les demi finales. Invaincus à compter de leur troisième régate contre les italiens de Prada, ce sont finalement ces derniers qui retrouveront les 5 autres qualifiés que sont Prada Challenge, America True, Stars and Stripes, America One et Nippon Challenge.
 
 
 LOUIS VUITTON CUP - SEMI-FINALES (02-14 janv. 2000)

le golfe d'Hauraki accueille les six derniers challengers encore en course. Six bateaux dont deux seulement seront qualifiés pour la régate ultime, pour tenter de rafler le ticket d'entrée pour la coupe de l'America. Chacun des challengers repart de zéro et va rencontrer ses 5 adversaires deux fois. Après trois rounds robins, trois font figure de favoris (Prada, America One et Nippon), trois sont des outsiders (Le Défi, America True et Stars & Stripes).

Les ultimes journées de cette Coupe Louis Vuitton auront été particulièrement intenses, à terre comme sur l'eau. Les challengers offrant en mer un spectacle jamais vu depuis l'apparition des Class America, en 1992.

Très rapidement cependant, trois syndicats se détachent : seuls le team Prada, AmericaOne et Stars & Stripes concourent réellement. Les trois autres Teams se contentant de faire de la figuration. Outre le Défi français et America True, très rapidement dépassés (au terme d'une défaite sur le tapis verts face aux juristes de Stars & Stripes, les français seront même un temps en négatif au niveau des points), le Nippon Challenge pourtant dominateur dans le troisième Round Robin marque définitivement le pas.

Si AmericaOne prend rapidement le large pour ne plus être rattrapé, le lutte est âpre derrière entre les italiens et le Team de Conner pour la deuxième place en finale. Après une régate assez douteuse contre AmericaOne (Cayard étant très officiellement accusé d'avoir laissé gagner Stars & Stripes), la défaite contre America True met un terme aux ambitions d'une finale 100 % américaine (et aux suspicions de collusion entre les syndicats du nouveau continent).
 
 
 LOUIS VUITTON CUP - FINALES (26 janv./ 06 fév. 2000)
Quelle finale! Le véritable combat de rue que sont livré AmericaOne et Luna Rossa au large d'Auckland restera dans les annales de la voile, de la Coupe Louis Vuitton et, bien sûr, de la Coupe de l'America. Jamais, depuis qu'il existe une épreuve de sélection du challenger, on n'aura eu l'occasion d'assister à une lutte d'une telle intensité, d'une telle violence.

Dans un premier temps, les italiens semblent prendre le dessus et, à 3/1, ils se retrouvent à deux régates de la victoire. Dans un second temps, on assiste à une improbable remontée des américains qui ne se retrouvent menés d'un seul point (4/3). La dernière régate sera nénamoins remportée par Prada.

Ouverte le 18 octobre dernier, et 202 courses plus tard, la Louis Vuitton Cup revient finalement à l’équipe italienne. La victoire à l'arraché de Luna Rossa exclut pour la première fois de l'histoire tout bateau américain de l'America's Cup. Venus en force avec cinq équipes, les Américains repartent bredouilles d'Auckland.
 
 
 AMERICA'S CUP (20 fév. / 02 mars 2000)

Si Prada a gagné sa place en finale de belle façon, il est à son tour nettement dominé par le defender dans toutes les parties du jeu. 5 régates calamiteuses où l'écart à l'arrivée ne sera jamais été inférieur à la minute ,ce qui est tout simplement colossal.

Seul dans la 4ème régate, Luna Rossa a fait mine de se rebeller parvenant même à se porter en tête l'espace de quelques longueurs. Et puis Black Magic, barré à la perfection par Russell Coutts, a maintenu les Italiens sur le mauvais côté du plan d'eau d'Hauraki et remporté la course de presque deux minutes.

Dans la cinquième et dernière régate, Russell Coutts laisse à Dean Barker le soin de porter l'estocade au challenger italien. Responsabilité écrasante. Mais le jeune barreur du bateau d'entraînement des Néo-Zélandais ne s'est pas fait prier : il a assommé l'Italien dès le départ, franchissant la ligne devant lui et à son vent, privant Luna Rossa de l'air nécessaire pour accélérer. Ensuite, le scénario se répète : vitesse légèrement supérieure au près, tactique parfaite, égalité au portant. 1'48" à l'arrivée, fêtée par un tonitruant concert de Klaxon et de cornes de brume.

Les Néo-Zélandais vont plus vite. Forts de trois ans de mise au point, ils ont eu le temps de mettre au point un bateau différent (un peu plus large, plus massif et doté d'un gréement plus abouti). De plus, leur expérience et leur parfaite connaissance du terrain, le capricieux golfe d'Hauraki, ajoutés au talent du skipper Russell Coutts durant les phases de départ auront mis le Team NZ hors de portée de Luna Rossa.